Paul Gasnier. La collision.
Une collision mortelle, et celle de deux mondes. Dix ans après l'homicide de sa mère - percutée par Saïd, un jeune sans permis et imbibé de THC, pétaradant en roue-arrière sur une moto empruntée - Paul Gasnier ose enfin tenter de comprendre. Comprendre le réel de Saïd, celui de sa mère, le sien, et au final celui de toutes les personnes qui ont croisé l'homicide et ont vu leur destin impacté.
Sa mère avait 44 ans. Elle vouvoyait ses parents, mais par choix, avait remplacé le catholicisme par les spiritualités indiennes, avait vécu à l'étranger puis mis de côté l'architecture pour se consacrer au yoga. Elle votait à gauche et émaillait volontiers ses propos d'expressions anglaises, rapportées de ses années londoniennes.
Saïd est un jeune d'origine marocaine, parents besogneux, collège et formation abandonnés pour se livrer au shit et à l'argent faciles et qui va, lançant des wesh wesh, de combine en rechute. Celles-ci ont été notamment aggravés par la mort de son grand frère quelques années avant la collision, assassiné pour une «histoire d'honneur» dans le quartier lyonnais des Pentes, au moment même où, à moins d'une encablure, la mère de l'auteur y ouvre son centre de yoga.
C'est ainsi que dix ans après un procès qu'il a quasiment zappé, se rappelant juste que Saïd a le même âge que lui, qu'il a déclaré ne pas avoir «fait exprès» et qu'il a l'air de rien de spécial, Paul Gasnier va mener l'enquête. L'auteur espère donner à son histoire un sens autre que celui trop facilement récupéré par des figures d'extrême-droite dans leurs rassemblements, manifestations que l'auteur, entre-temps devenu journaliste, couvre régulièrement.
Retrouvant les nombreuses personnes dont la vie a été directement ou indirectement impactée, avocats, juge, policiers, membres de la famille de Saïd, Paul Gasnier avance dans un récit qui, s'il n'est pas dénué de lourdeurs, se révèle d'une franchise et transparence épatantes. Il livre un regard incisif sur lui-même et décortique minutieusement les pensées qui l'ont habitées ces dernières années, envisageant les chemins de traverse qu'il aurait pu emprunter. Les clichés deviennent alors des vies humaines, chacune si spécifique, toutes si reliées, si promptes à se modifier à chaque collision.
13 septembre 2025
Vies percutées