Sorj Chalandon, L'Enragé.

Il a ça, Sorj Chalandon, cette capacité à transmettre le brut, à revenir d'où il vient, les mots chargés de ces vies qui se déroulent à côté. Du brut ouvragé. Je l'avais découvert, ébahie, dans Profession du père, récit dans lequel il romançait son père, dangereux, mythomane, qu'il a dû fuir. Là, je termine l'Enragé. Inspiré de la courte vie de Jules Bonneau, fusillé en 1942 pour des actes de résistance. Son histoire, ce fut l'abandon de sa mère, puis les murs de la colonie de Belle-Île-en-Mer pour avoir volé trois oeufs. Par faim. On suit Jules Bonneau, «la Teigne», s'en évader suite à une mutinerie. Et pour aller où? A la rencontre de la vie libre, là où comme dans les murs, la misère émotionnelle suinte, et sur laquelle éclosent quelques bulles d'humanité préservées.

Le style est un peu old school, celui des épopées, un trait à peine forcé, restituant d'autant mieux les caricatures hélas fidèles de certains personnages.