Sorj Chalandon, L'Enragé.
Il a ça, Sorj Chalandon, cette capacité à transmettre le brut, à revenir d'où il vient les mots chargés de ces vies qui se déroulent à côté. Du brut ouvragé, en réalité. Je l'avais découvert, ébahie, dans Profession du père, récit dans lequel il racontait son père, dangereux, mythomane, qu'il a dû fuir. Là je termine l'Enragé. Inspiré de la courte vie de Jules Bonneau, fusillé en 1942 pour des actes de résistance. Son histoire, ce fut l'abandon de sa mère, puis les murs de la colonie de Belle-Île-en-Mer pour avoir volé trois oeufs par faim. On suit Jules Bonneau, «la Teigne», s'en évader suite à une mutinerie. Et pour aller où? A la rencontre de la vie libre, là où comme dans les murs, la misère émotionnelle suinte de partout, et sur laquelle éclosent quelques bulles d'humanité préservées.
Le style est un peu old school, presque celui des épopées, un trait à peine forcé, restituant d'autant mieux les caricatures hélas réelles de certains personnages.
Un homme que je considère d'une humanité rare. Journaliste à Libération, lauréat du prix Albert Londres pour sa couverture du procès Klaus Barbie, Sorj Chalandon dira avoir la conviction qu'une victime et un bourreau sont en chacun de nous et avoir la certitude qu'il fut combattre ce bourreau qui est en nous.
3 juillet 2026
Epopée enragée