Yasmina Reza, Heureux les heureux.

On navigue de vie en vie, sillonnant entre un morbier et des cendres dispersées. Surgit un ado, qui se prend pour Céline Dion, mais pour de vrai, et finit interné. Ce sont des instantanés qui se croisent et se décroisent, dans lesquels les protagonistes, affreusement seuls, épouses, pères, amis, amantes, se frôlent l'espace d'un trajet ou d'une vie commune. Des personnages qui longtemps ont cru que quelque chose les attendait dans cette vie, jusqu'à ce que cette croyance s'étiole. Et pourtant, dans un enchevêtrement de cynisme et d'absurdité, émergent ci et là des brins d'optimisme, des regards attendris, des fous rires qui purgent, des tentatives de se rapprocher cahin-caha, sans jamais tout à fait réussir, ni totalement échouer.

On plonge dans le brouhaha de ces personnages, chacun se confiant avec une apparence détachée ou alors désabusée. Les pensées, souvenirs, détails et dialogues s’enchaînent néanmoins à un rythme soutenu, donnant presque le tournis avant que la danse des discours intérieurs ne s'installe dans un style très réussi et lancinant.

Des critiques l'ont vu comme le plus abouti de ses romans, je trouve aussi. Serge lui emboîtera le pas, sur un ton similaire.